Le Bulletin de la SMHQ – Mai 2021

LES FORTS MAUNSELL

UNE INSTALLATION DE DÉFENSE INNOVANTE

par Marc

Les images que vous verrez ci-après n’ont pas fait partie de décors d’un film fantastique ou de science-fiction, mais sont tirées d’installations de défense érigées durant la Seconde Guerre mondiale. Ces installations ont joué un rôle important dans la défense des côtes de l’Angleterre.

Figure 1. Fortification de défense de l’Armée à l’abandon.

L’estuaire de la Tamise, un fleuve important au sud-est de l’Angleterre, est la seule route maritime vers Londres et était abondamment utilisé par les U-boat allemands au début de la Deuxième Guerre afin de couler les navires d’approvisionnement. La Luftwaffe utilisait aussi ce tracé pour s’approcher de Londres sans subir trop de représailles avant d’atteindre sa cible. Il fallait donc en empêcher l’accès, et ce aussi loin que possible des côtes. L’Amirauté britannique demanda donc des propositions dans cet esprit. Plusieurs offres furent soumises, mais ce sont celles de l’ingénieur civil Guy Maunsell qui furent retenues, d’où le nom attribué à ces fortifications. Leur construction fut mise en suspens parce que le prototype conçu par Maunsell s’avéra plus dispendieux que prévu. Mais lorsque la France tomba sous l’emprise allemande, leur érection en urgence revint à l’ordre du jour. Ces forts maritimes devaient assurer la défense des côtes, permettant aussi, par le fait même, de libérer la flotte britannique requise dans ce secteur pour ce travail, mais aussi pour informer la défense rapprochée de Londres de l’arrivée de l’aviation ennemie.

Figure 2. Fort Maunsell dédié à la Marine et tiré par des remorqueurs avant d’être coulé en place au site choisi.

Les forts navals demandés par l’Amirauté devaient être attribués à la Marine et à l’Armée. À cette époque, ces structures faisaient appel à des techniques de construction innovante. Elles étaient en béton armé et en acier, construites entièrement préfabriquées dans les cales sèches de la ville de Gravesend, amenées par flottaison par 3 remorqueurs jusqu’à leur emplacement final, coulées en inondant leur base creuse et leur permettant ainsi de se déposer au fond de la mer. Les forts les plus éloignés se situaient à environ 14 km au large des côtes. Deux de ces forts furent positionnés au large de la côte d’Essex et deux autres au large de la côte du Kent.

 

Figure 3. Fort Maunsell de la Marine avec ses moyens de défense et muni, à sa gauche, de sa structure pour permettre l’accostage des bateaux pour son approvisionnement.

Les forts navals de la Marine étaient constitués de plates-formes en acier mesurant 51 m x 27 m, munies de 2 canons lourds de 90 mm à chaque extrémité et d’un canon léger antiaérien Bofors, parfois 2, de 40 mm installées sur la tour centrale avec l’équipement radar. Le type de défense ayant évolué au cours des combats, il a été possible de retrouver aussi 4 canons Lewis.

Chacune de ces forteresses avait un équipage de 120 hommes. Ils y vivaient pendant 6 semaines sans être remplacés. Après cette période, ils bénéficiaient de 10 jours de repos puis de 3 jours sur la base côtière. Le travail, sans être difficile, était très monotone et demandait beaucoup de conviction dans son utilité. Le personnel dormait à l’intérieur des 2 « jambes » de béton de 8 mètres de diamètre. Ces jambes de support étaient divisées en 7 étages. Quatre de celles-ci étaient conçues pour les quartiers de l’équipage et les autres étaient attitrées aux zones de restauration et de stockage, d’espace pour les réserves d’eau douce et les munitions antiaériennes et pour les génératrices. Des 5 tours prévues originalement pour la Marine, 4 seulement furent construites entre février 1942 et août de la même année.

Maunsell a aussi élaboré les plans pour les forts requis par l’Armée en réponse aux attaques aériennes allemandes sur Londres, mais aussi pour la défense des quais de Liverpool. Originalement, 12 fortifications avaient été prévues, 5 dans l’embouchure de la Mersey et 7 dans l’estuaire de la Tamise, mais finalement seules 3 défenses de ce type ont été érigées de chaque côté de l’Angleterre. Leur construction était différente de celle de la Navy puisque leur localisation était prévue moins au large que les précédentes, mais aussi que les courants marins importants ne permettaient pas d’y aller avec seulement 2 piliers. Leur construction a débuté en août 1942 pour se terminer 16 mois plus tard.

Figure 5. Construction de la 1re tour de défense avec son canon Bofors.

Figure 4. Équipage d’une tour en état d’alerte.

Lors de leur érection, l’on commençait toujours par la plate-forme supportant le canon Bofors afin de défendre au besoin les équipes de construction lors de l’assemblage du reste des composantes de la fortification.

Chaque fortification était composée d’un ensemble de 7 plates-formes de 2 étages de 11 m x 11 m en acier et soutenues par 4 piliers en béton. Quatre de ces plates-formes étaient munies de canons de 9,5 mm, une 5e était pourvue d’un canon antiaérien Bofors, une 6e servait de tour de repérage avec ses projecteurs et la 7e était attitrée à la surveillance radar. Chaque tour était reliée aux autres par de longues passerelles circulant au-dessus de la mer. Chaque tour était autonome en fonction de sa maintenance et son opération. La fortification avait donc les provisions pour pouvoir assurer la vie de 265 hommes. Comme dans le cas de celles de la Marine, la vie dans ces fortifications était rude considérant les conditions climatiques, mais elle était aussi monotone.

Figure 6. Vue partielle de 3 des 7 tours de défense d’un fort Maunsell opéré par l’Armée.

Figure 7. Soldats en position de défense sur leur canon antiaérien Bofors.

Durant la Seconde Guerre mondiale, ces tours de défense sont créditées de la destruction de 22 avions ennemis et d’une trentaine de bombes volantes V1. Elles ont été mises hors service à la fin des années 40. Les canons sont restés en place et les portes entre chaque pièce ont été soudées. Au début des années 60, des radios pirates ont pris possession de quelques tours étant situées hors du territoire légal britannique. Plus tard, celles-ci furent dans l’obligation de quitter les lieux après une longue contestation judiciaire. Aujourd’hui, certains de ces forts ont été détruits par des tempêtes maritimes monstrueuses et une autre tour a été percutée par un navire norvégien en 1953, 4 marins furent tués et les ruines furent enlevées vers la fin des années 50 puisque jugées trop dangereuses pour la navigation. Une autre tour a été victime d’une collision en 1963. Certaines sont encore debout et témoignent de leur passé même si leur armement a été enlevé. L’ingénieur Guy Maunsell est décédé en Irlande en 1961 à l’âge de 77 ans.

Figure 9. Vue rapprochée d’une des tours montrant son envergure et sa décrépitude.

Figure 8. Fort Maunsell à l’abandon.

Figure 10. Schéma d’aménagement d’une forteresse de défense conçue par Maunsell.

Pour le modéliste. On ne retrouve rien sur les forts Maunsell à l’échelle de notre passion favorite, mais les canons antiaériens Bofors ont attiré de nombreux fabricants pour l’échelle 1/35 en autres. Bonco a sorti 3 boîtes sur le sujet, dont une portant le numéro CB35028 et traitant d’une version canadienne. Italeri  et AFV se sont aussi penchés sur le sujet et Hobby Boss propose une version montée sur un camion GMC dans sa production #82459. Donc, pour les amateurs de canons antiaériens Bofors, le choix est très varié.


RÉFÉRENCES

Atlas Obscura. Maunsell Army Sea Forts. Page https://www.atlasobscura.com/places/maunsell-army-sea-forts, consultée en février 2021.

Kopfdorfer. 2017. Artillery Object : Maunsell Forts. Special Aircraft Service (Forum) page https://www.sas1946.com/main/index.php?topic=56113.0, consultée en février 2021.

Maunsell Sea Forts. Maunsell Sea Forts. Page http://maunsellseaforts.com/, consultée en février 2021.

Olito, Frank. 2019. Take a look inside the Maunsell Forts, a group of abandoned navy towers you can only reach by boat. Insider, page https://www.insider.com/tour-abandoned-world-war-ii-maunsell-sea-forts, consultée en février 2021.

Project Redsand. Navy Forts. Page https://project-redsand.com/sea-fort-history/navy-forts, consultée en février 2021.

White, Conan. 2018. The Strange Looking Maunsell Sea Forts of WW2. War History Online, page https://www.warhistoryonline.com/instant-articles/british-maunsell-sea-forts.html, consultée en février 2021.

 


LES CHARS DE LA GRANDE GUERRE

PARTIE 3 – MÂLES ET FEMELLES BRITANNIQUES

par Jean-Guy

Préambule. Les Britanniques vont utiliser plusieurs versions de tanks, les « Mark ou Mk », dérivées de leur prototype Big Willie. Les plus importants seront les Mk 1 et les Mk 4. Il y aura 150 Mk 1 produits en 1916 qui seront semblables au Big Willie. Les Mk 4, avec un meilleur blindage, un canon raccourci et un réservoir de carburant externe, seront fabriqués à partir de mai 1917; il y en aura 1220. L’armement de base prévu est un canon de marine « six pounder » de chaque côté, dans les sponsons, et, en armement secondaire, 3 mitrailleuses légères Hotchkiss, une de chaque côté et une dans l’axe. Toutefois, les Britanniques craignent qu’ainsi équipés, les tanks soient incapables de se protéger d’attaques menées par un grand nombre de soldats d’infanterie. Ils conçoivent un nouveau type de sponson avec 2 mitrailleuses Lewis. L’idée est de former des paires avec les tanks, un avec des canons chargé de la destruction des cibles ennemies, le mâle, et l’autre, avec des mitrailleuses pour assurer la protection du « couple », la femelle. L’ironie de cette désignation est que Big Willie, qui était aussi connu sous le nom de Mother, devient un mâle. À la première bataille entre tanks, les femelles furent fort dépourvues face à leurs adversaires et, à partir de 1918, on se mit à fabriquer des tanks hermaphrodites avec un sponson à canon et un autre sponson à mitrailleuses.

Figure 1. Un Mark IV femelle. Noter la porte pour entrer et sortir sous le sponson. Photo de Shura007.

À l’intérieur d’un tank. Les conditions à l’intérieur de ces tanks sont horribles pour leurs occupants. Ceux-ci sont au nombre de huit, quatre pour contrôler la direction et la vitesse et quatre pour les armes. Ces tanks sont des coquilles sans cloison interne; les hommes partagent l’espace avec le moteur et les armes. La ventilation est inadéquate et l’atmo-sphère est chargée de monoxyde de carbone toxique, de vapeurs d’essence et d’huile, sans compter les émanations de cordite des armes. Le bruit est assourdissant et il n’est possible de communiquer que par un système de signes. La chaleur est intense pouvant atteindre jusqu’à 50 °C et des équipages entiers ont perdu connaissance. Les tanks n’ont pas de suspension et les blessures sont fréquentes en terrain difficile. Comble de malheur, le blindage arrête peut-être les tirs des armes de petit calibre, mais, en cas d’impact direct, des éclats de métal ou des rivets se détachent et sont projetés à l’intérieur à grande vitesse. Malgré la chaleur, les hommes se protègent en portant des habits matelassés, des casques en cuir garnis de protections en cotte de mailles et des lunettes.

Figure 2. Quatre tanks Mk 1 sont ravitaillés en essence le 15 septembre 1916 en vue de la bataille de la Somme. Photo RowanV18.

La première bataille. Le 15 septembre 1916, la première bataille avec des chars a lieu alors que les Britanniques disposent de 49 tanks Mk 1 pour une offensive secondaire de la bataille de la Somme, la bataille de Flers-Courcelette. Les Français, alors au courant de l’existence des tanks, auraient préféré que le secret fût gardé plus longtemps pour profiter de la surprise lors d’une attaque de grande enver-gure, mais la décision ne leur appartenait pas. Les Britanniques étaient plutôt empressés de tester les capacités de leur nouvelle arme. Les Mk 1 sont toujours en développement et peu fiables; en fait, seulement 32 seront en condition pour la bataille. Les pannes sont nombreuses et les équipages inexpérimentés et seulement 9 réussiront à traverser le no man’s land et à atteindre les tranchées allemandes. Les Allemands, surpris, utilisent massivement la fuite comme réaction. Par contre, les tanks sont lents, ils avancent à la vitesse de marche des soldats, et la percée ne pourra être pleinement exploitée. Les Britanniques sont satisfaits et commandent de grandes quantités de tanks pour le reste de la guerre. Notons que des Canadiens ont participé à cette bataille, dont le 22e bataillon canadien-français. Une demi-douzaine de tanks auraient combattu aux côtés des Canadiens.

Les suites. Cette première bataille convainc les Britanniques des possibilités des tanks pour donner un avantage durable aux Alliés, mais elle permet aussi aux Allemands de préparer une riposte sous forme de munitions et fusils antitanks et autres défenses. Quoi qu’il en soit, les tanks seront utilisés dans de nombreuses batailles par la suite avec plus ou moins de succès. Leur première utilisation à grande échelle eut lieu en novembre 1917, lors de la bataille de Cambrai, alors que près de 400 tanks, appuyés par l’infanterie et l’artillerie, bousculent les lignes allemandes lors de l’attaque initiale. Des centaines de Mark V ont aussi participé à la bataille d’Amiens, en août 1918, pour lancer la grande offensive alliée finale. Les Canadiens retrouveront les tanks à la bataille de la crête de Vimy en avril 1917 alors que 8 d’entre eux appuieront les fantassins qui remporteront la plus importante victoire du Canada lors de la Grande Guerre.

Figure 3. Un Whippet. Noter que le réservoir d’essence est à l’avant. Photo lieutenant Frank Mitchell.

L’autre tank britannique. Le gros problème avec les tanks Mk est leur vitesse. On devrait plutôt dire leur lenteur; ils filent à peine à 5-6 km/h. Ils sont incapables de profiter d’une percée. Les Britanniques vont concevoir un tank complémentaire, le Medium Mark ou Whippet (à cause du lévrier nain du même nom), deux fois plus rapide qui pourrait s’infiltrer derrière les lignes ennemies à la suite des Mk. Le Whippet est basé sur Little Willie et comporte une tourelle carrée fixe. Son armement est composé de 4 mitrailleuses Hotchkiss, une pour chaque direction. Comme son équipage ne comprend que 3 hommes, dont 2 pour la conduite, c’est un seul et même homme qui se charge de toutes les mitrailleuses. Le Whippet n’est apparu sur le champ de bataille qu’en mars 1918, mais connut tout de suite des succès malgré de lourdes pertes. Parmi leurs succès, les Whippet profitent de la trouée créée par les Mark lourds lors de la grande offensive de la bataille d’Amiens pour frapper un grand coup et détruire l’infanterie allemande de tout un secteur du front.

Pour le modéliste. Comme indiqué lors de mon précédent article sur les tanks britanniques, il n’est pas difficile de trouver des maquettes à l’échelle courante du 1/35. J’avais alors mentionné la maquette du Mk 1 mâle de Takom. La version femelle existe aussi, lancée en 2015 comme la mâle. Pour des versions plus « modernes », Tamiya propose, depuis 2014, le Mk IV, mâle seulement. Si on n’arrive pas à se décider, on peut aller du côté du Mk V hermaphrodite de Emhar, une maquette un peu plus vieille de 2003. Le Whippet n’est pas en reste avec une belle offre récente de Meng datant de 2015.


RÉFÉRENCES

Military Factory. Tank Mk I (Big Willie / Centipede / Mother). Page Tank Mk I (Big Willie / Centipede / Mother) (militaryfactory.com), consultée en avril 2021.

Musée canadien de la guerre. Chars et véhicules blindés. Page https://www.museedelaguerre.ca/premiereguerremondiale, consultée en avril 2021.

Online Tank Museum (The). Tank Mark I. Page https://tanks-encyclopedia.com/ww1/gb/tank_MkI.php, consultée en avril 2021.

Wikipédia. Bataille de Flers-Courcelette. Page https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Flers-Courcelette, consultée en avril 2021.

Wikipédia. British heavy tanks of World War I. Page https://en.wikipedia.org/wiki/British_heavy_tanks_of_World_War_I, consultée en avril 2021.

Wikipédia. Female Tank. Page https://en.wikipedia.org/wiki/Female_tank, consultée en avril 2021.

Wikipédia. Medium Mark A Whippet. Page https://en.wikipedia.org/wiki/Medium_Mark_A_Whippet, consultée en avril 2021.

Wikipédia. Tanks in World War I. Page https://en.wikipedia.org/wiki/Tanks_in_World_War_I, consultée en avril 2021.


 

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