Le Bulletin de la SMHQ – Novembre 2020

PEACB – BCATP, MAIS QU’EST-CE QUE C’EST?

par Marc

D’entrée de jeu, on peut dire que le Plan d’entraînement aérien du Commonwealth britannique (PEACB; en anglais British Commonwealth Air Training Plan [BCATP]) est le plus grand programme d’entraînement aérien jamais réalisé au monde pour mettre fin à un conflit armé.

Lors de la Deuxième Guerre mondiale, le Canada fut l’un des participants majeurs dans la défense et la libération des pays envahis par les pays de l’axe dont le principal instigateur était l’Allemagne. Plusieurs savent que les Canadiens ont combattu farouchement lors du débarquement de juin 1944 sur les plages de la Normandie, secteur Juno, et dans d’autres échauffourées avec les belligérants comme à Dieppe, pour ne nommer que celles-là. Pensons aussi à tous les équipages de bombardiers et de chasseurs qui ont laissé leurs vies lors des combats aériens. La marine canadienne n’est pas en reste non plus lors des offensives des U‑Boots allemands sur les convois d’approvisionnement se dirigeant vers l’Angleterre. Tous ces soldats de tout rang ont fait des sacrifices majeurs et ont souvent donné leurs vies pour que nous ayons celle que nous connaissons aujourd’hui.

L’ensemble des Canadiens a souffert durant cette terrible période et l’on a qu’à penser au rationnement et à la perte d’êtres chers. Mais, qu’en est-il de l’effort de guerre apporté par les hommes et femmes sur le territoire canadien?

Lors du déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale, le gouvernement canadien ne voulait pas envoyer une partie de sa jeune population sur les champs de bataille et voulait rester modeste dans cette contribution humaine. Mais, en soutien au Royaume-Uni, il jouera un rôle majeur dans le domaine de l’aviation et c’est là qu’entre en jeu le PEACB.

Comment cela s’est-il passé?

L’Angleterre, voyant la montée du Nazisme et la renaissance importante de l’aviation allemande, jugea qu’il était nécessaire d’augmenter sa flotte d’appareils et aussi, par le fait même, le nombre de ses équipages navigants. En 1935, un plan d’entraînement fut conçu et le gouvernement britannique approuva la construction de 7 nouvelles écoles de pilotage sur son territoire. Déjà, le ministère de l’Air prévoyait qu’elles seraient bientôt insuffisantes et qu’il serait judicieux d’en installer quelques-unes hors du Royaume-Uni. C’est alors que le Canada fut choisi pour ce rôle, avec l’approbation du gouvernement canadien, au détriment de l’Égypte et de Chypre, qui faisaient partie des autres choix.

Figure 1. Affiche de recrutement de la RCAF.

Au départ, le gouvernement britannique souhaitait que ses écoles d’entraînement, installées au Canada, soient du ressort de la Royal Air Force (RAF), mais le gouvernement canadien, via son ministère de la Défense, s’y opposa et exigea que toute la formation soit sous la responsabilité de l’Aviation royale canadienne (ARC). Le Royaume-Uni se plia à cette exigence.

Le Royaume-Uni demanda aussi au Canada de mettre en opération un recrutement majeur de candidats canadiens pouvant servir comme personnel navigant au sein de la RAF. Il fit la même demande à l’Australie et à la Nouvelle-Zélande. De plus, l’ARC avait aussi besoin de renforcir sa propre flotte de défense aérienne.

Au départ, en 1938, il n’y avait que 2 sites d’entraînement de pilotage au Canada, Camp Borden et la Base de Trenton, et celles-ci suffisaient à peine à l’ARC. Il fut donc suggéré, en fonction des besoins croissants de l’Angleterre, que le nombre de bases d’entraînement soit augmenté à 300, considérant aussi que les élèves australiens et néo-zélandais susceptibles de se joindre à la RAF devaient aussi recevoir leur formation en sol canadien.

Au premier mois de 1939, on confie à 8 aéroclubs civils, à travers le Canada, la formation de « l’entraînement élémentaire » des pilotes. Préalablement, tous les moniteurs d’aéroclubs civils ont dû suivre un stage d’initiation aux méthodes de pilotage militaire organisé à Camp Borden.

Mais lorsque la guerre éclate, le Royaume-Uni demande à son allié, le Canada, de s’efforcer à préparer la formation de 2000 pilotes et du plus grand nombre possible d’observateurs et de mitrailleurs.

Le premier ministre britannique nomme le Canada « aérodrome de la démocratie » et, ainsi, le PEACB prend son envol réel le 29 avril 1940 et atteint son plein régime en 1942.

Le PEACB en chiffres (octobre 1940 à mars 1945)

Tableau du personnel navigant breveté du PEACB :

Figure 2. Cérémonie de graduation à la 5e école d’observation aérienne, Winnipeg.

-Pilotes : 49 808

-Observateurs : 14 093

-Navigateurs : 15 870

-Bombardiers : 15 673

-Radio-mitrailleurs : 18 496

-Mitrailleurs : 14 996

-Mitrailleurs (aéronavale) : 704

-Mécaniciens-ingénieurs de bord : 1913

Pour un total de 131 553 candidats (à ce nombre, il faut ajouter environ 28 000 autres étudiants qui n’ont pas été promus pour diverses raisons, mais qui sont passés par les différentes étapes du PEACB).

Figure 3. Étudiants australiens à la 2e école de radio-navigation, Calgary.

Répartition du personnel promu :

-ARC : 72 835

-RAF : 42 110 (incluant 2600 Français, 900 Tchèques, 677 Norvégiens, 450 Polonais, 400 Belges et 400 Hollandais)

-Royal Australian Air Force (RAAF) : 9606

-Royal New-Zeland Air  Force  (RNZAF) : 7002

Les centres d’entraînement aérien étaient répartis de la façon suivante :

-6 dépôts d’effectifs (préparation à la vie militaire avant d’être affecté aux autres écoles)

-3 écoles des spécialités

Figure 4. Parc aérien de la 11e école élémentaire de pilotage, Cap-de-la-Madeleine.

-3 écoles de pilotes-instructeurs

-29 écoles de pilotage militaire (dont Saint-Hubert)

-2 écoles de reconnaissance générale

-7 unités d’entraînement opérationnel (dont Bagotville)

-4 écoles de radionavigants (dont Montréal)

-11 écoles de bombardement et de tir (dont Mont-Joli)

-1 école de tir de l’aéronaval

-1 école de mécaniciens de bord

-6 écoles de navigation aérienne

-10 écoles d’observation aérienne (dont L’Ancienne-Lorette et Saint-Jean, toutes les 2 supervisées par CP Airlines)

-30 écoles élémentaires de pilotage (dont Windsor Mills, Cap-de-la-Madeleine et L’Ancienne-Lorette, toutes opérées par des organismes civils dont Quebec Airways)

Pour mettre en opération ces centres d’entraînement, il a fallu :

-construire 8300 nouveaux bâtiments

-construire 100 nouveaux aérodromes

-agrandir de nombreux aérodromes existants

-construire des pistes d’atterrissage d’urgence dans des zones de dégagement et servant de touch and go pour limiter l’achalandage des pistes des aérodromes principaux

Figure 5. Un Fairey Battle en cours de réparation est sorti d’un hangar par une grue Lorain à Trenton.

-employer 104 000 hommes et femmes en permanence

-utiliser 4682 pilotes-instructeurs

-utiliser 151 écoles de pilotage et de divers types

-créer 184 unités de soutien

-mettre en activité des services d’entretien et de réparation des avions composés de 18 000 hommes et femmes. Cela a permis de réparer et de remettre en service 6500 cellules d’avions et 30 500 moteurs.

Les appareils requis à la formation :

On estima au départ (1939) que l’on aurait besoin d’environ 3540 appareils selon la répartition suivante :

Figure 6. La base de Trenton avec son tarmac très encombré. Elle servait, entre autres, à la formation des instructeurs de pilotage.

-702 Tiger Moth et Fleet Finch pour les écoles élémentaires de pilotage (selon les talents développés par les élèves-pilotes, ils étaient dirigés par la suite vers les programmes de formation sur chasseurs ou bombardiers ou vers d’autres disciplines)

-720 Harvard pour les écoles de pilotage militaire de chasse

-1368 bimoteurs Avro Anson pour l’entraînement des pilotes et des observateurs aériens des escadrilles de bombardement et de défense côtière

-750 Fairey Battle pour l’instruction des radio-mitrailleurs

-4 bombardiers Halifax pour la formation des mécaniciens-ingénieurs navigants

Mais en décembre 1943, le PEACB avait à sa disposition 11 000 avions (la seule base de l’ARC à Trenton était composée de 3000 aviateurs et 500 civils. On y retrouvait plus de 500 appareils).

Figure 7. Accident spectaculaire d’un Cessna Crane à la 15e école de pilotage militaire de Claresholm.

Entre octobre 42 et septembre 43, le PEACB réalisait près de 500 000 h de vol par mois. Seulement durant cette période, on comptabilisa 6000 accidents, souvent mineurs, mais certains fatals et, malheureusement, 300 étudiants ou instructeurs trouvèrent la mort. De plus pour toute la période du PEACB, on totalisa 856 décès (instructeurs ou élèves), dont 469 Canadiens affectés à l’ARC

Fait cocasse, certains élèves, selon leur capacité, demeuraient au Canada à la fin de leur formation pour agir à titre d’instructeurs. De ceux-ci, 3750 diplômés, autres que des Canadiens, ont trouvé une épouse en sol canadien.

Coût total du projet à la fermeture du PEACB : +/-  2 231 129 000 $ répartis comme suit :

-Canada :                 1 615 955 100 $

-Royaume-Uni :          400 963 500 $

-Australie :                   65 181 000 $

-Nouvelle-Zélande :       48 025 400 $

Conclusion

On réalise donc que le Canada a apporté un effort de guerre important et a joué un rôle déterminant dans la victoire lors de la Deuxième Guerre mondiale.

Le PEACB a permis aux citoyens canadiens d’obtenir un soutien financier non négligeable dans cette période de rationnement et de générer beaucoup de travail à une population qui en avait vraiment besoin.

Il faut aussi mentionner que l’industrie de l’aviation canadienne a vécu un essor important lors de cette période puisqu’au départ le Canada ne fournissait qu’une partie des appareils requis pour l’entraînement, la majorité provenant principalement du Royaume-Uni. Mais plus le conflit durait et moins les Britanniques étaient en mesure de  livrer les appareils nécessaires au PEACB. C’est alors que l’industrie canadienne n’eut d’autres choix que de produire tous les appareils requis dans ses propres usines. Plusieurs moteurs étaient produits aux États-Unis, mais montés au Canada sur les appareils. Ce fut donc aussi un apport économique très important.

Malheureusement, durant tout le conflit de la Deuxième Guerre mondiale, plus de 18 000 Canadiens(nes) (personnel navigant) ont perdu la vie lors de leur affectation à l’ARC, à la RAF, à la Fleet Air Arm et à la Ferry Command.

LE PEACB AU CINÉMA. Un film américain, Les Chevaliers du ciel (titre original anglais Captains of the clouds), a été réalisé au Canada en 1942 et représentait les diverses étapes de la formation de l’aviation militaire au PEACB vécue par différents types d’hommes, dont des pilotes de brousse.

RÉFÉRENCES

Anciens Combattants Canada. Le Plan d’entraînement aérien du Commonwealth Britannique. Page https://www.veterans.gc.ca/fra…, consultée en octobre 2020.

Canadian Historical Aircraft Association. No 7 Elementary Flying Training School. Page https://www.ch2a.ca/no-7-elementary-flying-training-school, consultée en octobre 2020.

Centre Juno Beach. Le Canada durant la Seconde Guerre mondiale. Le programme d’entraînement du PEACB. Page https://www.junobeach.org/fr…, consultée en octobre 2020.

Comox Air Force Museum. BCATP Organization and Facilities – How did it work? Page https://comoxairforcemuseum.ca/bcatp-organization-and-facilities-how-did-it-work/, consultée en octobre 2020.

Hatch, F.J. 1983. Le Canada, aérodrome de la démocratie : Le  plan d’entraînement aérien du Commonwealth britannique, 1939-1945. Service historique, ministère de la Défense nationale, Ottawa, Canada. 246 pages.

 

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